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Volaille américaine : Beaucoup de bruit pour un simple certificat sanitaire


Jeudi 9 Août 2018 Par Kawtar Tali




Pour le ministère, il s’agit d’un suivi naturel de l’accord de libre-échange avec les USA, pour les professionnels de la Fisa d’une démarche administrative

«N’importe quel produit agricole doit être accompagné par une telle attestation. Cela ne veut pas dire qu’il y aura forcément une importation».

Personne ne s’attendait à ce tapage médiatique suscité par la finalisation du certificat sanitaire devant accompagner l’importation de viandes de volaille et des produits à base de viande de volaille originaire des Etats-Unis. Du moins pour la partie marocaine qui voit en la validation de ce certificat une démarche administrative routinière inscrite dans le cadre des échanges commerciaux établis entre le Maroc et les autres pays. Les récentes déclarations de Robert Lighthizer, représentant américain au commerce, et de Sonny Perdue, secrétaire américain à l’agriculture, à ce propos, ont été exagérées, estiment les professionnels de l’aviculture marocaine. La Fédération internationale du secteur avicole (Fisa) considère que cette communication a pris une dimension trop importante pour un acte presque anodin. C’est ce que confie à ALM Chaouki Jirari, directeur de la Fisa.

«N’importe quel produit agricole doit être accompagné par une telle attestation. Cela ne veut pas dire qu’il y aura forcément une importation», souligne M. Jirari. Les informations relayées par les représentants américains portant sur une ouverture du marché marocain aux exportations américaines de volaille et que ce marché représenterait dans un premier temps 10 millions de dollars par an pour les volaillers américains sont «insignifiantes» pour les opérateurs marocains, dans la mesure où le secteur de l’aviculture est autosuffisant avec une production ayant atteint à fin 2017, 540.000 tonnes pour le poulet de chair et 80.000 tonnes pour la dinde.

«Aucune importation n’a eu lieu à ce jour. Le surplus que nous produisons est exporté à l’étranger. Il est utile de préciser que ce certificat sanitaire stipule que sur le plan administratif on peut importer ce produit mais encore faut-il que les opérateurs marocains aient cette volonté d’importer et surtout que cette viande importée trouve un consommateur qui la demande. Chose qui n’est pas sûre», explique le directeur de la Fisa.

Le ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a pour sa part présenté des précisions explicites à ce sujet. La tutelle indique dans ce sens que «les démarches annoncées ne représentent pas une nouveauté, elles interviennent dans le cadre du suivi de la mise en œuvre de l’accord de libre-échange Maroc-Etats-Unis signé le 15 juin 2004 et mis en œuvre le 1er janvier 2006». La tutelle souligne qu’elle n’est parvenue qu’en mai dernier à la conclusion de manière concertée avec l’United State Trade Representatives (USTR) du contenu de ce certificat sanitaire et ce conformément aux dispositions auparavant négociées de l’accord du libre-échange. «Toute importation originaire des USA des viandes de volaille et des produits à base de viandes de volaille ne pouvait être effective sans l’adoption du certificat sanitaire devant accompagner les produits concernés contingentés ou pas.

Dans cette optique, des discussions techniques ont été menées entre les deux parties en mai 2018 et ont abouti à l’adoption du certificat sanitaire concerté susmentionné », peut-on lire du communiqué du ministère.

Seulement la viande de Volaille congelée !

Réagissant à ce débat, la tutelle a insisté sur trois éléments clés. Hormis le fait qu’il s’agit d’une démarche inscrite dans le cadre de la mise en application des dispositions de l’accord de libre-échange Maroc-Etats-Unis entré en vigueur en 2006, cette décision concerne les viandes de volaille congelées effectives depuis mai dernier après l’adoption des dispositions et garanties sanitaires exigées par le Maroc. Ainsi les contingents négociés portent uniquement sur les produits de volaille congelés. «Les importations originaires des Etats-Unis des viandes de volaille et des produits à base de viandes de volaille concernent les produits congelés et bénéficient, selon les dispositions de l’accord de libre-échange, de concessions tarifaires assorties ou non de contingents tarifaires (CT)», relève-t-on du ministère. La tutelle précise par ailleurs que les contingents sont répartis selon le principe du premier venu premier servi (PVPS) et pris en charge par l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII). Ils sont ainsi chiffrés en 2018 à 8.958 tonnes, soit 1,3% de la consommation nationale de ces produits.

Le certificat de l’abattage halal exigé

Le mode de consommation l’oblige. Les importations au Maroc des viandes de volaille et des produits à base de viandes de volaille congelés originaires des Etats-Unis doivent être accompagnées en plus du certificat sanitaire d’un certificat d’abattage halal. C’est ce qu’impose le ministère dans ce sens. Et d’ajouter que ces importations doivent satisfaire les conditions déclinées dans l’avis aux importateurs des viandes de volaille et des produits à base de viandes de volaille n°443 du 06-08-2018 publié au niveau du site du département de l’agriculture.

Mortalité et hausse des prix : La Fisa dément

Des informations ont circulé récemment faisant état d’une mortalité avicole de 20% suite à la vague de chaleur que connaît le Maroc ces derniers jours. Une information que la Fisa dément catégoriquement. «Un taux de mortalité de 20% se reflète directement sur les prix. Une telle incidence pourrait engendrer une hausse de 40% des prix sur le marché. Or, les tarifs sont maintenus depuis trois mois au même niveau, voire faible par rapport à la saison», souligne M. Jirari.

A l’heure où nous mettions sous presse, le prix du poulet de chair à la ferme est estimé à 11,50 dirhams le kilo. Les prix sont ainsi stabilisés entre 10 et 12 dirhams, de quoi rassurer le consommateur. Il est utile de souligner que le secteur de l’aviculture réalise des résultats probants.

Les objectifs fixés dans le cadre du contrat-programme signé entre l’Etat et l’interprofession sont largement dépassés. On parle d’un taux de réalisation de 77% de la volaille et de 88% pour les œufs de consommation. Ainsi le secteur malgré l’enjeu de surproduction avance à grands pas par rapport à l’évolution normale de la production prévue à l’horizon 2020.



Source : http://aujourdhui.ma/economie/volaille-americaine-...




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