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#MosqueMeToo : des musulmanes dénoncent le harcèlement et les agressions sexuels lors du pèlerinage à La Mecque


Mardi 13 Février 2018




Après #Balancetonporc et #Metoo, c’est le mot-clé #MosqueMeToo ("MosquéeMoiAussi") qui déferle sur les réseaux sociaux. Un hashtag qui rassemble les témoignages de femmes victimes de harcèlement sexuel pendant le hajj, le pèlerinage à la Mecque en Arabie Saoudite, qui compte chaque année plus de deux millions de participants. Parmi ceux-ci, un peu moins de 50% de femmes.

Dans un post sur Facebook (aujourd’hui inaccessible) publié le 2 février, Sabeeca Khan, une jeune femme d’origine pakistanaise témoigne : "J’en étais à mon 6e tawaf [NDLR : circumambulation, acte d’adoration qui consiste à tourner autour de la Kaaba, construction cubique dans la mosquée de la Mecque] quand j’ai tout à coup senti quelque chose me toucher les fesses de manière très agressive. Je me suis sentie littéralement gelée sur place, je ne savais pas si c’était intentionnel ou pas. Je ne pouvais pas partir, parce que la foule était trop dense, alors j’ai continué à tourner. C’est là que quelqu’un m’a pincé les fesses, et cette fois, j’ai attrapé sa main et je l’ai repoussée". Son message a été partagé plus de 2 000 fois.

Abusée sexuellement pendant le hajj

Un récit qui inspire Mona Eltahawy, journaliste américano-égyptienne à lancer le mouvement #MosqueMeToo sur les réseaux sociaux. Cette dernière avait déjà témoigné à la télévision égyptienne en 2013 de l’agression sexuelle qu’elle a subit en 1982 lors de son pèlerinage à la Mecque.

Une dénonciation qui se retrouve également dans son livre Foulards et Hymens : Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle, publié en 2015. Celle-ci y raconte que pendant l’un des rituels, elle a senti une main sur ses fesses. "Il était persistant, dès que je me il parvenait à me libérer, il continuait à me tripoter les fesses". Un événement qui l’a traumatisé et dont elle a hésité à en parler pendant des années.

Le 6 février 2018, elle écrit sur Twitter :"J’ai partagé mon expérience après avoir été abusée sexuellement pendant le hajj en 1982, quand j’avais 15 ans, dans l’espoir d’aider les femmes musulmanes à rompre le silence et le tabou autour de leur expérience de harcèlement sexuel/abus pendant le hajj/oumra ou dans des endroits sacrés. Utilisons #MosqueMeToo”. Depuis, de nombreuses femmes ont fait part de leurs histoires dans des lieux saints.

I have shared my experience of being sexually assaulted during Haj in 1982 when I was 15 in the hope that it will help fellow Muslim women break silence and taboo around their experience of sexual harassment/abuse during Haj/Umra or in sacred spaces. Let’s use #MosqueMeToo https://t.co/uDsZFDolgX

— Mona Eltahawy (@monaeltahawy) 6 février 2018

"Rien à voir avec l'ambiance que j'imaginais avant de m'y rendre"

C’est le cas d’une utilisatrice de Twitter, qui accepté de répondre à quelques questions pour Les Inrocks. "J'ai fait mon pèlerinage en 2011. Le visa n'est délivré à la femme que si un tuteur masculin l'accompagne. À l'hôtel, nous avions des étages réservés aux femmes. Les repas étaient aussi pris en non mixité. Cependant à l'extérieur, dans les bus, les rues et à l'intérieur même de la mosquée il n'y a aucune séparation." La jeune femme explique que les femmes qui ne sont pas en voile intégral sont vues comme des provocatrices.

Durant le pèlerinage, elle confie qu’elle ne sortait jamais seule, donc elle ne s’est pas fait agressé, mais il y a eu "des regards insistants, des sourires, de la drague, des sifflements,… Rien à voir avec l'ambiance que j'imaginais avant de m'y rendre." Elle révèle qu’elle a déjà entendu parler d’agressions au sein même de la mosquée ou dans la rue. "En général les femmes ne parlent pas et évitent de faire des vagues. Le mieux est de mettre le voile intégral pour être tranquille. C'est un conseil qu'on m'a donné dès le premier jour".

Des témoignages tabous

Cette libération de la parole des femmes sur les réseaux sociaux depuis le mouvement "MeToo" a aidé certaines femmes musulmanes à s’exprimer plus facilement sur le sujet. Il reste cependant difficile d’en parler selon la journaliste américano-égyptienne, notamment à cause des tabous liés au sexe dans la religion mais aussi à cause de la honte que ces femmes peuvent ressentir.

"Les musulmanes, comme toutes les autres femmes, subissent des harcèlements, mais quand cela a lieu dans un cadre religieux, on leur demande de se taire au nom d’une cause plus grande. C’est à la fois injuste et oppressif", a twitté Aisha Sarwari, une éditorialiste féministe pakistanaise. Contactée par Les Inrocks, elle affirme avoir déjà été victime de harcèlement sexuel dans des lieux religieux, "la plupart du temps sous forme d’intimidation ou se faisant reluquer". Elle explique qu’une de ses amies a subi des attouchements à la Mecque, "elle a crié et les gens à côté lui ont demandé de se calmer" .

"Plus d'impunité dans les lieux saints"

L’éditorialiste souligne que ce genre de harcèlement a toujours existé dans les lieux de cultes et soutient que "les femmes des sociétés musulmanes font partie du mouvement #MeToo, et elles y prennent part". Selon elle, "les réseaux sociaux sont un moyen de donner aux femmes la force et la solidarité nécessaires pour s'exprimer".

"Je pense qu'il y a plus d'impunité dans les lieux saints parce que les femmes sont socialisées pour ne pas s'exprimer", continue-t-elle. Contrairement à ce que les gens pourraient penser, "les lieux saints ne sont pas les plus sûrs parce que, comme partout ailleurs, il y a le patriarcat. Il y a un déséquilibre de pouvoir en raison des rôles genrés définis. On s'attend à ce que les femmes se mettent en sourdine et que les hommes doivent être pardonnés lorsqu'ils laissent la tentation les vaincre. Il y a aussi beaucoup de victimes qui sont blâmées. Je dois dire que le problème est lié à la religion organisée et pas seulement aux mosquées."

Un phénomène qui touche toutes les religions

Pour Aisha Sarwari, "on ne peut pas commencer à penser qu’il s’agit d’un problème uniquement islamique", elle prend pour exemple toutes les affaires de prêtres dans les églises qui ont harcelé de jeunes enfants. En novembre 2017, le hashtag #ChurchToo avait d’ailleurs vu le jour sur Twitter. A l’origine de celui-ci, Emily Joy et Hannah Paasch, qui ont témoigné des agressions sexuelles qu’elles ont subies dans des églises américaines. Beaucoup d’autres femmes ont ensuite suivi le mouvement. Une utilisatrice de Facebook indique que ce genre d’agressions arrive également dans les temps hindous : “Les femmes font aussi face à cela en Inde dans les temples, surtout à l’occasion des fêtes. Même un endroit pur ne peut réformer les pervers", un message repéré par le site Al-Kanz.

"C'est un problème en rapport avec les philosophies archaïques qui n'évoluent pas avec les temps modernes et l'égalité", affirme l’éditorialiste pakistanaise. Tous ces hashtags démontrent une tentative de briser le silence au sein des communautés religieuses. Cette fois-ci, "c’est le témoignage des femmes des sociétés musulmanes qui disent que ça ne peut plus continuer ainsi."



Source : https://www.lesinrocks.com/2018/02/13/actualite/mo...