MAP le Jeudi 13 Février 2020

Marrakech: Focus sur le patrimoine juif marocain




Le patrimoine juif marocain, dans ses différents aspects et expressions, a été mis en relief lors d’une conférence organisée à Marrakech.

Cette rencontre, à laquelle ont assisté notamment des acteurs de la société civile et des personnalités du milieu académique, a été l’occasion de mettre en lumière la portée du patrimoine judéo- marocain matériel et immatériel ainsi que l’esprit d’ouverture dont le peuple marocain, à travers son histoire, a toujours fait montre à l’égard d’autres religions, particulièrement le judaïsme.

Lors de cette rencontre initiée en partenariat avec la Communauté juive de la Région de Marrakech-Safi, Mme Ibtissam Haddaji, chercheuse au laboratoire Limpact de la Faculté des lettres et sciences humaines relevant de l’Université Cadi Ayyad, qui animait cette conférence, a précisé que le patrimoine juif constitue “une composante indissociable et très intéressante de la culture marocaine”, mettant en avant la richesse et la diversité de cet héritage qui “a beaucoup apporté à l’histoire du Royaume”.

La chercheuse s’est aussi attardée sur l’histoire de ce patrimoine et son “apport pertinent” à l’histoire du Maroc, avec un focus particulier sur les moyens à même de le valoriser davantage et de le préserver au profit des générations futures.

Après avoir expliqué le concept du patrimoine, en général, Mme Haddaji a fait observer que l’histoire juive au Maroc “a enrichi de manière pertinente l’histoire du Royaume”, relevant qu’il s’agit d’”une histoire de coexistence conjuguée au passé et au présent”.

Le Maroc a été “un des rares pays arabes qui a respecté le patrimoine religieux de ses Juifs et il est le seul pays arabe où, il existe un musée dédié au judaïsme”, a-t-elle affirmé, notant que la Constitution de 2011 “a consacré la culture hébraïque comme une composante de l’identité culturelle et plurielle du Maroc avec ses composantes amazighe, arabe, juive et andalouse”.

Abordant les différentes facettes et manifestations de cet héritage séculaire, la conférencière s’est arrêtée sur l’aspect linguistique (écriture, proverbes, etc…) et littéraire de ce legs judéo- marocain (ouvrages, écrits historiques, recueils et textes religieux), précisant que la Communauté juive marocaine se distingue par le fait d’avoir réussi à écrire tous les détails de son histoire.

Elle a, dans la foulée, cité des exemples sur les plans cultuel, de proximité spirituelle et de rapprochement intellectuel, à l’instar de la Hiloula (pèlerinage), tout en mettant en relief l’art culinaire juif marocain qui foisonne de délicieux mets traditionnels.

Mme Haddaji a, par la suite, jeté la lumière sur la diversité des costumes des Juifs du Maroc (citadin, rural, pour femmes et hommes) et leur savoir-faire dans le domaine de la bijouterie, ainsi que sur la particularité de la musique judéo- marocaine, rappelant que les artistes judéo- marocains étaient représentés dans différents styles musicaux comme l’Aïta, le Chaâbi, le Gnaoui et le Melhoun.

La chercheuse a, par ailleurs, mis l’accent sur les enjeux du patrimoine juif marocain, ainsi que sur les actions entreprises pour mieux le valoriser et préserver sa richesse et sa diversité au profit des générations montantes.

Dans ce cadre, Mme Haddaji s’est félicitée des actions et de l’intérêt particulier accordé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au patrimoine juif marocain, rappelant dans ce sillage la visite effectuée récemment par le Souverain à Essaouira, au cours de laquelle, SM le Roi a visité “Bayt Dakira”, un espace spirituel et patrimonial de préservation et de valorisation de la mémoire judéo-marocaine, unique en son genre au sud de la Méditerranée et en terre d’Islam.

“La visite Royale à cet édifice traduit l’intérêt particulier qu’accorde SM le Roi, Amir Al-Mouminine, au patrimoine culturel et cultuel de la communauté juive marocaine, et la volonté permanente du Souverain de préserver la richesse et la diversité des composantes spirituelles du Royaume et de son patrimoine authentique”, a-t-elle souligné.

“Ce judaïsme marocain est tellement riche qu’il serait intéressant, et même stimulant pour la recherche au Maroc de nos jours, de l’intégrer complètement dans la recherche documentaire sur le plan académique”, a-t-elle dit.

Et la chercheuse de conclure qu’il s’agit d’un patrimoine marocain que “nous devons récupérer et revendiquer, car c’est sur le sol du Royaume qu’une production marocaine juive a pu donner une richesse culturelle que nous devons faire connaître aux générations présentes et futures de notre Maroc pluriel et exceptionnel”.