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AFP le Samedi 27 Janvier 2018

France : relaxe requise au procès de plusieurs médias et ONG poursuivis par une holding




Paris - Le parquet de Paris a requis vendredi la relaxe des médias et ONG poursuivis en diffamation par la Socfin, une holding propriétaire de plantations en Afrique et en Asie et dont le groupe Bolloré est actionnaire.

La justice française juge depuis jeudi les ONG ReAct et Sherpa ainsi que les médias Le Point, Mediapart et L'Obs, qui avaient fait état en avril 2015 d'"accaparements" de terres de riverains par ces plantations de palmiers à huile et d'hévéas, attaqués par cette holding luxembourgeoise, dont le groupe Bolloré est actionnaire à hauteur de 39%.

Sa filiale Socapalm, qui opère au Cameroun, attaque pour sa part les deux ONG.
La procureure a estimé que les prévenus pouvaient tous être relaxés au titre de la "bonne foi", même si la plupart des propos litigieux étaient diffamatoires.

En avril 2015, des paysans africains et asiatiques réunis en "Alliance internationale des riverains des plantations Socfin Bolloré" avaient lancé des actions de protestation contre ce qu'ils appelaient l'"accaparement" de leurs terres par la Socfin, décrivant une expansion "continue" de ces plantations depuis 2008. Les médias et les ONG s'en étaient fait l'écho.

Pour la représentante de l'accusation, si les prévenus n'ont pas apporté la preuve de la "vérité" des revendications des paysans, ils disposaient d'une base suffisante pour les relayer. En l'espèce, plusieurs rapports d'ONG dans les pays concernés, l'existence, s'agissant du Cameroun, d'une tentative de médiation en 2013 entre le groupe Bolloré et Sherpa sous l'égide du "Point de contact français" de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou ces manifestations survenues en avril 2015.

"La Socapalm et Bolloré sont des puissances économiques qui doivent accepter la critique ou de voir leurs actions remises en cause", a estimé la magistrate.

La défense de la Socfin comme celle de la Socapalm ont estimé que les prévenus n'avaient pas apporté les preuves suffisantes pour étayer ces accusations d'"accaparements", tout en se défendant d'avoir voulu les museler.

"L'accaparement de terres, en particulier au Cameroun", est un procédé "totalement étranger au groupe", a réagi la Socfin dans un communiqué, expliquant que la Socapalm n'est pas propriétaire des terres cultivées, louées au gouvernement.

Les prévenus l'entendent autrement. Ce procès "n'a pas d'autre but que de créer un climat d'intimidation", avait ainsi lancé jeudi l'avocat William Bourdon, le président de l'association Sherpa.
Dans une tribune publiée mercredi, des journalistes et des ONG avaient dénoncé les poursuites systématiques dont ils font l'objet quand ils s'intéressent aux activités du groupe Bolloré, notamment en Afrique.

Le jugement est attendu pour le 29 mars.