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De la nécessité de construire des villes durables et résilientes


Jeudi 8 Novembre 2018 Par Mostafa Kheireddine




Vue aérienne de Casablanca.

VILLES - Le 31 octobre de chaque année, l’ONU célèbre la journée mondiale des villes sous le thème général “Une meilleure ville, une meilleure vie”. Consacrée au sous-thème “Bâtir des villes durables et résilientes”, la journée du 31 octobre 2018 constitue une occasion d’interpeller les acteurs impliqués dans la production de la ville sur l’opérationnalisation du 11ème Objectif de Développement Durable (ODD) inscrit dans la feuille de route 2030 des Nations Unies.

Faire de nos milieux de vie des espaces durables et résilients questionne les autorités gouvernementales chargées des politiques publiques urbaines sur l’opportunité de la mise en place d’un cadre institutionnel, juridique et opérationnel pour la mise en œuvre des dimensions urbaines des ODD de 2015 et le Nouvel Agenda Urbain (NAU) de 2016.

Qu’ils soient concepteurs de politiques publiques urbaines à l’échelle des gouvernements, ou porteurs de stratégies et projets urbains à l’échelle régionale et locale, les acteurs urbains ont la lourde tâche, non seulement de mieux gouverner les villes, mais aussi d’anticiper les différents risques urbains pour ne pas improviser en période de crise urbaine.

Dans quel contexte s’opère l’urbanisation d’aujourd’hui? Quels sont les accélérateurs du changement pour des villes durables, inclusives et résilientes? Telles sont les questions auxquelles la présente contribution tente d’apporter des éléments de réponse.

D’emblée, il convient de préciser que pour l’ONU, “la résilience est la capacité de tout système urbain et de ses habitants à affronter les crises et leurs conséquences, tout en s’adaptant positivement et en se transformant pour devenir pérenne”. Dès lors, la résilience urbaine est intimement liée au système urbain adopté. Bien pensées et planifiées, les villes nous apprennent comment agir par l’urbain sur nombre de questions sociétales, économiques, et spatiales. Elles sont en première ligne pour expérimenter les bonnes pratiques pour permettre au territoire de devenir résilient face aux menaces de toutes sortes. Il est clair que les défis à relever consistent à apprendre à exploiter les possibilités que la ville offre, tout en faisant face aux problèmes de plus en plus complexes qu’elles génèrent.

Un contexte d’urbanisation difficile

De nos jours, la pratique urbaine s’accomplit dans un contexte national marqué, certes, par une urbanisation soutenue, soit un taux de 60%, toutefois, elle ne peut, à elle seule, expliquer les dysfonctionnements urbains que connaissent les périphéries des moyennes et grandes villes, du moment qu’elle se fait au vu et au su des acteurs et gestionnaires de la ville. Et par conséquent, cette tendance met le système urbain face à des défis urbains insurmontables.

Conscients de cette tendance lourde et son impact éminent sur la cohésion sociale et territoriale, les pouvoirs publics au Maroc ont entrepris depuis plus de deux décennies des réformes institutionnelles, juridiques et opérationnelles pour apporter des solutions aux problématiques urbaines, et ce dans l’optique de tirer parti des potentialités dont l’urbanisation est porteuse pour faire des villes des espaces inclusifs, durables et résilients.

Pour cela, des stratégies nationales (développement urbain, développement durable, déplacements urbains, efficacité énergétique, numérique, logistique urbaine, etc.) et de vastes programmes visant la mise à niveau et le développement urbain ont été lancés. Il s’agit, notamment, de la production du logement social en 2002, le lancement du programme “villes sans bidonvilles” en 2004, la mise en œuvre du programme “villes nouvelles’’ et “nouveaux pôles urbains’’ en 2005, et le lancement d’une nouvelle génération de projets urbains depuis 2006.

Toutefois, loin de prétendre à l’évaluation de ces programmes, il importe de souligner que l’action publique urbaine s’accomplit dans des conditions, le moins que l’on puisse dire difficiles, au vu des problématiques urbaines qui ne cessent de prendre de l’ampleur marquées par une mobilité urbaine déficiente, une périurbanisation coûteuse en termes d’infrastructures et équipements, une politique de logement social loin d’être inclusive, une politique de la ville sans grande empreinte, et une urbanisation sans urbanisme.

Accentuée par une gouvernance urbaine incapable de contenir les dysfonctionnements urbains, cette situation est corroborée par plusieurs rapports et diagnostics menés par des instances nationales et internationales (1).

Les accélérateurs du changement: une politique urbaine renouvelée, une gouvernance urbaine efficiente et un financement local soutenu

Il est entendu par politique urbaine l’ensemble du corpus institutionnel, juridique et opérationnel qui concourt à la promotion du développement urbain et à l’amélioration des milieux de vie de la population.

Longtemps confinée dans une logique normative, la planification urbaine telle qu’elle s’exerce aujourd’hui est incapable de suivre le rythme de la croissance urbaine. Entre les villes à forts enjeux urbanistiques sans documents d’urbanisme (Tanger, Fès, Rabat, Marrakech, Salé, Safi..) et celles à faibles enjeux urbanistiques avec un taux de couverture en document d’urbanisme de 97% (2), il est clair que la machine de l’encadrement urbanistique des grandes villes est grippée.

Cette situation devient préoccupante quand l’urbanisation rapide dépasse la capacité de la planification formelle, ce qui conduit au développement des zones d’habitat informel, densément peuplées et déficitaires en structures d’accueil. Par ailleurs, il importe de souligner que doter les villes et territoires en documents d’urbanisme ne doit en aucun cas constituer une fin en soi. Car un outil de planification n’a de valeur que s’il concourt à l’amélioration du fonctionnement de la ville, l’incitation à l’investissement et répond aux attentes sociales, notamment en termes de logement, d’infrastructures et d’équipements. Dans le cas contraire, le document d’urbanisme devient contreproductif pour le développement urbain, et incite à des pratiques dérogatoires en urbanisme. 

Il est clair que la réalisation des engagements porteurs de changements inscrits dans les agendas des nations unies (ODD et NAU) exigera la mise en place d’une politique urbaine intégrant une planification et une gestion urbaine participative, une gouvernance territoriale multi-niveaux et un financement durable. Dès lors, des ruptures dans le système urbain sont à inscrire au niveau des structures institutionnelles chargées de la conception et la mise en œuvre des politiques publiques urbaines, qu’elles soient à l’échelle centrale ou locale. Le Nouvel Agenda Urbain de l’ONU-Habitat propose une voie claire et incite à renouveler ces structures de gouvernance pour en faire le moteur du développement urbain durable et transformer nos villes en lieux habitables, durables et résilients.

(1) RDH 50 (2005), Rapports annuels et thématiques du CESE (2012, 2014, 2017), Rapports annuels de la Cour des Comptes (2012, 2013, 2016), Rapport de l’examen multidimensionnel sur le Maroc de OCDE (2018)

(2) Si le taux de couverture en documents d’urbanisme d’une préfecture/province de (n) communes est de 97%, ceci ne renseigne pas que la commune la plus urbanisée soit couverte.



Source : https://www.huffpostmaghreb.com/entry/de-la-necess...




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