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Comment l'intelligence artificielle pénètre le monde de l'éducation


Vendredi 13 Avril 2018




L'IA permet de personnaliser les apprentissages. Les start-up françaises n'en sont qu'aux balbutiements.

À l'heure où l'intelligence artificielle gagne tous les secteurs, les robots n'ont pas encore conquis l'école française. Cette forteresse qui semble imprenable n'est pourtant pas insensible aux sirènes de l'IA. Le ministère de l'Éducation nationale a ainsi lancé en juillet dernier un «partenariat d'innovation» avec la Caisse des dépôts. De 6 à 8 millions d'euros devraient servir à financer la recherche et développement de six solutions innovantes pour l'apprentissage du français et des mathématiques en primaire.

Cette manne sera bienvenue. «Aujourd'hui, rares sont les plateformes françaises qui ont réellement recours à l'intelligence artificielle car cela requiert des investissements colossaux», explique Marie-Christine Levet, qui vient de lancer le fonds d'investissement spécialisé dans l'EdTech, Educapital, doté de 45 millions d'euros. Les champions actuels sont surtout de l'autre côté de l'Atlantique, avec Knewton et Area9 (que son fondateur danois vient de céder au groupe américain McGraw-Hill). Tous les élèves français seront-ils donc formés à l'avenir par des plateformes américaines? Rien n'est moins sûr, car la résistance des start-up hexagonales s'organise.

Apprentissage adaptatif

Une des plus avancées en la matière est Lalilo, une application Web qui permet aux 7000 instituteurs et 40.000 élèves inscrits de personnaliser leur apprentissage de la lecture. Cet assistant pédagogique s'adapte au rythme de l'enfant, grâce à l'apprentissage adaptatif («adaptative learning»). Car la personnalisation est le principal intérêt de l'intelligence artificielle dans le domaine de la formation. De quoi permettre d'éviter le décrochage scolaire, tout en tirant vers le haut les plus performants. Pour développer son outil, Lalilo a investi 1,6 million d'euros (une levée de fonds de 1,1 million d'euros plus 500.000 euros délivrés dans le cadre du programme investissements d'avenir).

Cette approche suppose que soient conçus des contenus personnalisés par séquences. Hatier (Groupe Hachette) a par exemple commencé à s'y mettre en travaillant avec le leader mondial, Knewton. Six semaines après le lancement en janvier de son application d'entraînement à l'orthographe pour adultes, moncoachbescherelle.fr affichait 95.000 téléchargements.

Nombreuses sont les start-up qui entendent bien ne pas rater le coche. Domoscio, fondée en 2013, s'est lancé sur le double créneau de l'apprentissage adaptatif (sélection des contenus et des ressources en fonction du niveau de connaissance et du type d'intelligence - visuelle ou non par exemple - de l'utilisateur) et de l'ancrage mémoriel (invitation à la répétition en fonction de la vitesse d'oubli), via deux algorithmes. La start-up propose des contenus à des universités (université Paris-Descartes) ou des entreprises (comme La Redoute ou Renault) disposant déjà de leur propre plateforme en ligne.

Sciences cognitives

Son concurrent Didask a une approche sensiblement différente. La start-up, fondée en 2015, propose aux établissements (université Paris-Dauphine, Essec, l'École d'économie de Paris, Grenoble École de management…) sa propre plateforme, avec un parti pris pédagogique très fort: se baser avant tout sur les sciences cognitives, dans la droite ligne des travaux de Stanislas Dehaene, qui vient d'être nommé président du Conseil scientifique de l'Éducation nationale. Le rapport à l'erreur de chaque élève est évalué grâce à l'intelligence artificielle. Les mécanismes d'apprentissage lui sont expliqués, des études ayant montré que la métacognition stimule les processus d'acquisition. L'élève sera aussi par exemple invité à laisser reposer une leçon avant d'y revenir pour plus d'efficacité. Mais si le cofondateur et président de Didask, Son Thierry Ly, est favorable à la personnalisation des cours selon le niveau et le rythme de chacun, il est réservé sur la personnalisation des contenus.

D'autres structures ont par ailleurs recours à l'intelligence artificielle pour optimiser leurs formations. «Un certain nombre de données - nombre de pages consultées, avancement des projets… - comparées aux statistiques, nous permettent de définir la probabilité qu'un étudiant réussisse sa formation», explique Mathieu Nebra, fondateur d'OpenClassrooms, école de formation en ligne qui délivre des formations diplômantes dans 120 pays.

C'est un début. Pour l'instant, les start-up françaises de l'EdTech utilisent l'intelligence artificielle de façon encore assez timide. Mais pour Marie-Christine Levet, «cela peut aller assez vite, car la technologie est prête. Ce n'est plus désormais qu'une question de volonté et d'investissements».


Big Bang Eco, Salle Wagram à Paris, le 10 avril 2018, de 8h30 à 18 heures

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Source : http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/04/1...




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