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MAP le Jeudi 30 Janvier 2020

"Affaire DeLong": Quand le Maroc donnait l'exemple du respect de la légalité lors de la Guerre civile américaine (Magazine US)




Washington - La revue scientifique américaine "Smithsonian Magazine" revient dans un récent article sur un épisode méconnu de la Guerre de sécession aux Etats-Unis. Baptisé "affaire DeLong" ou "difficulté de Tanger", ce fait historique, qui a eu pour théâtre la ville du Détroit, en 1862, a vu le Maroc donner l'exemple du respect de la légalité, reflétant, selon l'auteur, "une déclaration audacieuse d'amitié américano-marocaine".

A cette époque, raconte la revue, le Maroc était confronté aux convoitises de plusieurs puissances coloniales, et le gouvernement unioniste américain dirigé par Abraham Lincoln venait de désigner James DeLong, un ancien juge de l’Ohio et un abolitionniste, comme consul des Etats-Unis à Tanger.

DeLong était en poste depuis un mois lorsque, le 19 février 1862, deux rebelles confédérés, l’intendant du 'Sumter’ (ndlr: un navire rebelle bloqué à Gibralatar) Henry Myers, et l'ancien consul américain à Cadix, Thomas Tunstall, sont arrivés au Maroc sur un navire français en route vers cette même ville espagnole, relate la publication. 

"Une fois que DeLong a eu vent de leur arrivée, il s'est empressé d'embaucher des soldats marocains, chargés d'arrêter les confédérés et de les enfermer dans des cellules à la Légation, un manoir offert aux États-Unis par le sultan marocain en 1821", écrit l’auteur de l’article intitulé "L'intrigue diplomatique qui a donné au Maroc une brève apparition dans la guerre civile américaine". 

"La controverse qui a suivi offre un éclairage convaincant de la façon dont la diplomatie, le commerce et l'impérialisme se sont tous croisés alors que les États-Unis et la Confédération se précipitaient pour obtenir du soutien à l’étranger", raconte-t-on. 

"Les estimations varient, mais lorsque la nouvelle des actions de DeLong s'est répandue, quelques centaines d’individus - principalement des Européens- se sont rassemblés dans les rues, scandant et battant à la porte de la Légation avec pour réclamation de libérer les deux prisonniers", poursuit l’article, notant que DeLong a refusé, avant de recourir à l'aide de la marine américaine pour repousser la foule.

"Des puissances européennes, dont la France, l'Espagne et l'Angleterre, ont exigé le droit à des ‘protections’ légales pour leurs propres citoyens et le droit d'étendre ces protections aux Marocains qui travaillaient pour leurs consulats respectifs. Dans la pratique, ces protégés, comme on les appelait, comprenaient souvent les familles élargies d'employés consulaires et d'importants associés commerciaux", fait savoir l’historien Graham H. Cornwell, auteur de cet article.

En tant que protégés, ajoute le chercheur de l’Université George Washington, ils n'étaient plus soumis à la loi ou aux impôts marocains. 

"Cela a permis aux puissances étrangères d'avoir une influence bien au-delà de la taille relativement petite de leur population d'expatriés (environ 1 500 au total) dans les villes côtières marocaines", note-il. 

"Là où les puissances européennes ont maintenu la neutralité pendant la Guerre Civile comme moyen de couvrir leurs paris, le Maroc n'en avait guère besoin", relève l’historien. 

"Lorsque DeLong a décrit Myers et Tunstall comme des traîtres rebelles, Mohammed Bargach, le niyab marocain (ou ministre des Affaires étrangères) semble l'avoir cru sur parole. Bargach a ainsi déterminé que les deux confédérés étaient des citoyens américains rebelles plutôt que des belligérants en temps de guerre, et DeLong avait donc parfaitement le droit de les arrêter", explique le chercheur américain. 

"Le gouvernement marocain a ensuite écrit à Washington pour souligner son amitié et sa volonté de se ranger du côté des États-Unis contre les rebelles. Il a promis d'interdire à tous les navires confédérés d'accoster dans les ports marocains et d'arrêter tout agent rebelle qui se serait fait connaître sur le sol marocain", poursuit-on.

"Bien qu'une telle situation était quelque peu improbable, il s'agissait d'une déclaration audacieuse d'amitié américano-marocaine", conclut-on.

Le Maroc et les Etats-Unis sont liés par un Traité de paix et d'amitié depuis 1786 qui en fait le plus ancien traité jamais signé par les Etats-Unis avec un pays tiers.