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5 Mars 2020 - Par Mohammed BEN MESSAOUD -MAP

Adelaida Bacca Tovar, Colombienne de nationalité, Marocaine de cœur



Bogotá – Adelaida Bacca Tovar est une Colombienne qui porte le Maroc dans son cœur depuis son enfance. Elle ne rate aucune occasion pour le clamer haut et fort.


L’amour et la considération particulière que voue Adelaida au Maroc, à son histoire, à sa culture et à son peuple sont restés intacts en dépit du passage du temps et de l’éloignement géographique entre les deux pays.

Cette Colombienne, aux traits indigènes, a quitté son pays natal en 1962 à l’âge de six ans en compagnie de sa mère et de ses deux frères pour rejoindre son père qui travaillait à l’époque en tant que médecin à l’hôpital Moulay Ali Cherif d’Errachidia.

“C’était un choix très difficile à prendre pour ma mère. Quitter son pays natal pour aller s’installer dans un pays lointain en Afrique, dont à peine on entendait parler à l’époque en Colombie, était inimaginable et relevait du défi”, a-t-elle confié dans un entretien accordé à la MAP à l’occasion de la Journée mondiale de la Femme. “C’était aussi un grand moment de joie et d’émotion intense”, se remémore Adelaida, les yeux mouillés de larmes.

En raison de l’absence d’écoles espagnoles ou françaises à Errachidia, la fille aînée du docteur César Bacca Soto a dû s’inscrire dans une école publique marocaine où elle a appris l’arabe et le français.

“J’assistais même aux cours d’éducation islamique, ce qui m’a permis d’apprendre des sourates du Coran. Je faisais aussi la prière avec mes camarades d’école”, raconte cette diplômée en gestion des entreprises touristiques de l’Université Los Libertadores de Bogotá.

“Au début, ma mère avait refusé que j’assiste aux cours d’éducation religieuse, mais elle a dû céder face à mon insistance et au soutien de mon père qui était plus ouvert qu’elle”, ajoute Adelaida, qui se considère chanceuse d’avoir eu l’occasion de découvrir la culture marocaine et de connaître la religion musulmane. “Je suis moitié musulmane, moitié chrétienne”, plaisante-t-elle.

Et comme son prénom était difficile à prononcer pour ses petits camarades de classe, ils lui ont donné le prénom de Leila auquel elle s’est habituée au fil du temps. “Je le trouve même plus joli et plus poétique que celui d’Adelaida”, dit-elle.

Après l’étape d’Errachidia, la petite Adelaida va s’installer au village d’Itzer, dans la région de Midelt où son père a été muté. “C’était une belle époque au cours de laquelle j’ai connu l’arrière-pays du Maroc. Je garde de beaux souvenirs de notre séjour à Itzer durant lequel on a côtoyé des familles amazighes et découvert la bonté et l’hospitalité légendaire des habitants, ainsi que la beauté des paysages sublimes du Moyen-Atlas”, raconte cette sexagénaire qui en dépit du temps écoulé depuis son retour à son pays natal, comprend parfaitement la darija marocaine.

Après avoir étudié jusqu’au CM1 dans des écoles publiques marocaines, elle va intégrer une institution d’enseignement catholique française à Meknès en tant qu’interne avant de mettre le cap sur Casablanca où elle a fait ses études secondaires jusqu’à la première partie du baccalauréat.

Une fois le baccalauréat décroché à Bruxelles où elle a connu le père de ses deux enfants, elle rentre à Bogotá avec son époux colombien pour faire ses études supérieures, avant d’être recrutée comme fonctionnaire du Congrès (Parlement) chargée des relations internationales au sein de la Commission des relations extérieures de la Chambre des représentants. “Cela ne m’a pas empêché de rentrer souvent au Maroc pour rendre visite à mes parents”, dit-elle l’air fier.

“Mes souvenirs du Maroc sont restés indélébiles en dépit de l’âge”, affirme Adelaida, qui dit éprouver des sentiments d’amour éternels envers ce beau pays qu’est le Maroc où elle a passé une partie de son enfance et son adolescence.
A la fin des années 1960, le père d’Adelaida sera muté à l’hôpital d’El Gara, dans la région de Settat. “On a entamé une nouvelle étape dans notre aventure marocaine”, ajoute cette Colombienne qui connaît les principales fêtes religieuses et nationales du Royaume. “On partageait les événements heureux avec nos voisins marocains telles que les fêtes de mariages, de naissances, d’Aïd el-fitr et Aïd el-Adha”, se rappelle celle qui aime à se définir comme étant “Marocaine de cœur”.

“A chaque fois que je survole le Maroc lors de mes voyages vers l’Europe, je pleure d’émotion”, dit-elle, avant de préciser qu’en signe d’attachement au Maroc, elle a décoré son appartement avec une carte du Royaume où elle a vécu une dizaine d’années. Elle affirme qu’elle reste toujours attachée à la gastronomie marocaine notamment aux tagines et au couscous qu’elle prépare souvent pour sa famille et ses amis.

Adelaida qui suit l’actualité politique au Maroc, est informée des développements de la question de l’intégrité territoriale du Royaume. “Je suis témoin en quelque sorte de la Marche verte”, dit-elle, avant de souligner qu’elle ne rate aucune occasion lors de ses discussions avec ses collègues ou avec des députés pour les informer sur la véritable nature du conflit régional autour du Sahara marocain.

“J’ai hérité l’amour du Maroc de mon défunt père. Il était très attaché au Royaume”, note-t-elle, précisant que son père a même apporté une contribution financière pour la Marche verte et la construction de la Mosquée Hassan II de Casablanca.

Abordant les raisons qui ont poussé son père à choisir le Maroc pour exercer sa profession de médecin, elle précise que ce choix est dû au hasard. Au début, docteur Bacca Soto, lauréat de la faculté de médecine de Grenade (sud d’Espagne) en 1960, voulait émigrer en Allemagne, mais, sur le conseil d’un de ses amis espagnols qui l’a encouragé à aller travailler au Maroc, qui à l’époque avait un grand besoin de médecins, il a renoncé à son projet et opté pour le Royaume.

“Il n’a pas été déçu. Il a fait une carrière riche au sein de tous les établissements de santé publics où il a travaillé”, raconte-t-elle, précisant qu’après avoir quitté le secteur public au milieu des années 1970, il a ouvert un cabinet de médecine générale à Sidi Bennour, dans la province de El Jadida, où il va exercer jusqu’au mois de juin 1999.
“On a dû le rapatrier en Colombie car son état de santé s’est gravement détérioré à cause d’un cancer de prostate. Il est décédé quatre ans plus tard à Bogotá. Son rêve était de mourir au Maroc, mais le destin en a voulu autrement”, dit-elle.

Pour ses projets d’avenir, Adelaida compte effectuer une visite de “retrouvaille” au Maroc en compagnie de son époux et souhaite aussi ouvrir une boutique pour vendre des produits du terroir du Maroc dans la région de Miami, aux États-Unis, où elle va s’installer après son départ à la retraite bientôt, en avril prochain.




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