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Zineb SKARABI | Reproduit ici le Vendredi 3 Mai 2019 à 02:21

1912: LA GESTE FONDATRICE DE LYAUTEY À MARRAKECH




Dans le livre intitulé “Marrakech, ou le souk des possibles: Du moment colonial à l’ère néolibérale” de Michel PERALDI, il décrit:

Je pourrais dire que Mauchamp est ici parce que dans mon exploration des mondes européens à Marrakech, plus d’un siècle après lui, j’ai rencontré des gens qui lui ressemblent. C’est vrai, mais ce n’est pas la raison essentielle. J’évoque surtout l’affaire de son assassinat car il s’agit d’un meurtre rituel et en tant que tel fondateur, marqueur symbolique de la naissance de la métropole que nous connaissons aujourd’hui.

[…] Lyautey entre au Maroc pour honorer le héros et venger le martyr, mais il entend aussi souligner l’échec d’une politique que cette mort entérine, et proposer une autre vision de la colonisation, empreinte de romantisme et de tactiques pacificatrices, mais surtout organisée pour servir les seuls intérêts des militaires et son idée du rôle de l’armée.

Ces idées vont à l’encontre de celles des tenants de ce qu’il appelle le “parti colonial”, alors puissant en France et en Algérie, mais Lyautey bénéficie d’une conjoncture favorable: comme la France se prépare à entrer en guerre contre l’Allemagne, elle cherche à l’époque à s’imposer “à l’économie” dans ses colonies actuelles ou à venir, en y mobilisant un minimum de moyens civils et militaires.

[…] En apparence donc, et souvent sous la plume des historiens, l’économie du tourisme semble être une transformation importée, imposée même de l’extérieur par des éléments étrangers à la société locale. C’est au départ moins simple qu’il n’y paraît, on le voit à Marrakech assez clairement. Quand les Français y débarquent dans les années 1910, la ville a certes perd son lustre et le commerce transsaharien par voie terrestre est réduit à peu de chose.

Mais elle continue pourtant d’être traversée par des échanges à longue, moyenne et courte portée; quelques restes de commerce transsaharien avec l’Afrique musulmane et les nomades de l’immédiat Sahara que la présence française va d’ailleurs relancer avec les produits d’art africain, des relations commerciales avec le vaste hinterland rural incluant presque tout le Haut-Atlas, les régions agricoles prospère du Haouz et jusqu’aux portes de Casablanca, qui d’ailleurs avant l’arrivée des Français ne compte pour rien dans la vie économique marocaine.

Ces relations ne se limitent pas à des échanges calibrés et organisés par des entreprises, elles se matérialisent en itinérances, circulations et modalités diverses de présences occasionnelles dans la ville. Marrakech est une ville de fondouks (caravansérails) qui sont, avant les hôtels, la forme ordinaire de l’hébergement provisoire.

Marrakech est aussi une ville de prostitution, de jeu, de spectacles et de bateleurs parce que le commerce est aussi, pour les sociétés rurales, patriarcales et féodales où il se déploie – et c’est une des conditions de son exercice qui en fait oublier les aléas-, un temps social de l’affranchissement et de plaisirs offerts.

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Source : http://discoverymorocco.net/1912-la-geste-fondatri...